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Les leçons de l'Amérique - Episode III

Les leçons de l'Amérique - Episode III

Les leçons de l'Amérique - Episode III

La vitesse
La vitesse n’est généralement limitée qu’à certains endroits exigus où des bateaux pourraient se heurter, ou lorsque des bateaux sont stationnés à quai (no wake zone). Partout ailleurs, chacun navigue à la vitesse voulue. La législation ne cherche pas à entraver la navigation ou à protéger les navigateurs, au contraire elle les responsabilise en leur laissant l’entière responsabilité de ce qu’ils font.
Quand nous naviguions à pleine vitesse, nous ralentissions respectueusement à l’approche d’autres pêcheurs. Fréquemment, ces pêcheurs nous indiquaient de la main que nous pouvions accélérer. Rompus à l’utilisation de bass boats, les pêcheurs américains savent depuis longtemps qu’il vaut mieux un bateau qui passe vite, plutôt qu’un qui ralentit et augmente du coup le volume des vagues qu’il provoque. Idem pour les riverains d’ailleurs, qui vous font gentiment signe d’accélérer à l’approche de leur propriété car ils savent bien que les petites vagues serrées font moins de dégâts sur les berges que les grosses vagues creuses d’un bateau qui navigue à 10 km/h.

Doug sait naviguer à plus de 60 km/h dans les marais ce qui n’est pas donné à tout le monde ! Parfois le chenal ne fait que 40 cm de largeur, mais pour Doug, « si l’hélice passe, la bateau passe ! »

Doug sait naviguer à plus de 60 km/h dans les marais ce qui n’est pas donné à tout le monde ! Parfois le chenal ne fait que 40 cm de largeur, mais pour Doug, « si l’hélice passe, la bateau passe ! »

Les riverains
Justement, puisque nous abordons les riverains, sachez qu’ils sont délicieux la plupart du temps. Souvent pêcheurs eux-même, ils profitent du passage des bateaux de pêcheurs devant leur demeure pour glaner des informations sur la pêche : « ça a donné, qu’avez-vous attrapé ? Avez-vous essayé derrière cette pointe là-bas ? Elle fameuse. »
Mais il faut aussi comprendre ceci.
Alors que j’avais accroché mon leurre sur une berge, le terrain d’une belle maison texane, avec drapeau flottant au milieu du jardin et balancelle en bois, Jean Christophe me dit une phrase que me glaça le sang. « Tu ne descends pas du bateau, tu casses si tu n’arrives pas à te décrocher ! On est au Texas ici, un propriétaire peut tirer sur n’importe quel individu qui pénètre sur sa propriété, et même lui tirer dans le dos ! »
On comprend mieux pourquoi les maisons n’ont pas de clôture, que les boites aux lettres n’aient pas de serrure, que les vols et les dégradations soient rares, que la politesse et les bonnes manières soient de mises ! Le pouvoir de dissuasion n’est pas qu’entre les seules mains de la Police, elle est aussi entre les mains des habitants eux-même,

Pas de clôture, des drapeaux texans, et un propriétaire probablement armé

Pas de clôture, des drapeaux texans, et un propriétaire probablement armé

La gestion
Je devrais plus écrire « les » gestions. La gestion des milieux aquatiques est effectuée par chaque État en fonction des objectifs que se fixe l’organisme dédié : sauvegarde ou business, mais jamais les deux en même temps.
Jean-Christophe nous a emmené sur un immense marais remis en eau où des bass de Floride ont été introduits dans le seul but de profiter aux pêcheurs, donc au business. Absolument pas originaires du lieu, ces poissons ont été pêchés à Okeechobee et ont été lâchés par milliers, sans dogmatisme aucun, dans ce marais par le Louisiana Wildlife and Fisheries.

Parallèlement, ce lieu sert de zone de repos pour les oiseaux, c’est pourquoi ont été instaurées des périodes de pêche et de navigation, pour que pêcheurs, chasseurs et protecteurs puissent profiter à tour de rôle de ce magnifique endroit et pas en même temps. En Louisiane, le bass n’a pas de TLC, et sur ce marais la pêche ouvre en mars pour fermer en octobre. C’est difficile de comprendre ça pour un français, n’est-ce pas ? En tout cas, les poissons sont bien présents, et tous les pêcheurs sont contents, c’est bien là l’essentiel.
Mais à l’exception de ce type de gestions locales à enjeux multiples, partout ailleurs, la pêche aux leurres n’est jamais fermée. On peut pêcher le black bass toute l’année, période de fraie y compris. Comprenons-nous bien, je ne dis pas que ce que font les américains, il faut le faire en France. Certaines pratiques ne sont pas transposables en France car notre mode de gestion actuel n’est pas assez fort pour permettre une telle libéralisation de la pêche.

Les leçons de l'Amérique - Episode III

La pression de pêche
Elle est énorme.
Elle est difficile à s’imaginer pour un français qui peste contre la pression de pêche alors qu’elle est très faible en France en comparaison.
Pour vous donner un exemple, sur le lac Sam Rayburn (Texas), le directeur du Texas Parks and Wildflife Department estime qu’ont lieu plus de 400 jours de compétitions par an sur ce lac ! Plus que 365, car il y a souvent plusieurs compétitions en même temps.
Quand la pêche est bonne, les mises à l’eau sont prises d’assaut, les parking pleins. Sur l’eau on rencontre des bateaux dans chaque baie, les hauts fonds de pleine-eau réunissent parfois plus de 50 bateaux tout autour. Aux alentours, certains bateaux attendent même leur tour…
Paradoxalement, les deux fois que Jean-Christophe m’a emmené sur Sam Rayburn se sont avérées les deux meilleures journée du séjour. D'ailleurs ce lac vient tout juste d'être classé meilleur lac des Etats-Unis par Bassmaster Magazine (07/2018).
Ça nous paraît paradoxal et nous avons tort. Ça ne l’est pas du tout pour un texan. Ce dernier pense (et comment lui donner tort ?) que la pêche sportive n'a pas d'incidence sur les populations de poissons. Donc la pression de pêche est considérée comme une conséquence de la bonne santé d'un lac. Si la pression de pêche peut contrarier un compétiteur dans sa stratégie et sa technique, un pêcheur normal n’est pas chagriné le moins du monde par l’affluence, bien au contraire. Voir du monde à la mise à l’eau est très bon signe, c’est que ça mord, chouette ! La faiblesse des populations de poissons dans notre pays nous a complètement faite perdre ce type de réactions...

No-kill ?
Nous n’avons rencontré aucun parcours no kill. D’ailleurs les américains ne le pratiquent que très rarement de manière exclusive comme c’est le cas pour certaines personnes en France. Il arrive que des bassmen conservent un ou deux bass ; un poisson qui aurait un peu trop avalé l’hameçon et saigné, ou un très gros poisson qu'ils souhaitent montrer et manger en famille. Personne n’ira emmerder un gars qui choisit de garder un poisson, même un black bass.
D’ailleurs les américains ne commettent pas les mêmes erreurs que les français. Ils savent parfaitement faire la différence entre un bon poisson et un poisson bon. Pour eux, il est dommage de raréfier un poisson de sport (game fish) comme le black bass. Par contre, les autres poissons comme les pan fish (crappies, bluegills, perch, etc.) finissent le plus souvent dans la poêle, pardon dans la friteuse.

Un crappy qui a terminé frit dans l’huile

Un crappy qui a terminé frit dans l’huile

Dans d’autres régions des États-Unis, ce sont les walleyes (sandres) et les yellow perch (perches) qui finissent dans la friteuse, tandis que les Muskies (brochets) repartent quasi systématiquement à l’eau (game fish).

En adoptant ce type de distinction plutôt qu’un quota général comme chez nous, les américains utilisent leur pression de pêche comme un outil de gestion qui déplace le curseur du prélèvement toujours du bon côté. Les poissons qu’ils aiment pêcher pour le fun (game fish) restent abondants. Le prélèvement est par contre bien supérieur sur les espèces moins pêchées. Ça a longtemps été l'inverse chez nous, ça l'est encore dans certaines régions : les espèces les plus recherchées sont aussi les plus prélevées.

A suivre...