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Les leçons de l'Amérique - Suite et fin

Les leçons de l'Amérique - Suite et fin

Une taxe sur le matériel de pêche permet de financer les organismes de gestion de l'halieutisme

Une taxe sur le matériel de pêche permet de financer les organismes de gestion de l'halieutisme

Suite et fin de l'article que j'avais publié dans le bulletin #69 de Black Bass France en 2018. Pour influer fortement sur la gestion de la pêche en France et vous tenir au courant de l'actualité du black bass en France et dans le monde, adhérez à Black Bass France.
C'est facile, c'est pas cher et ça peut rapporter GROS !

Bed fishing
Là encore, comment comprendre que les américains pêchent sur les nids alors que tout le monde sait le mal que ces pratiques font aux populations !

Les leçons de l'Amérique - Suite et fin

Et bien là-bas, et comme on l’a dit plus haut, les espèces les plus pêchées sont aussi les plus abondantes. Le nombre de géniteurs est très important, j'ai presque envie d'écrire « anormalement important ». Du coup, la fraie s’étale dans le temps et dans l’espace. Même si la pression de pêche est gigantesque et que les pêcheurs américains sont des spécialistes de la pêche sur nids, ils n’arrivent jamais à vider un secteur de ses reproducteurs. Quand bien même y arriveraient-ils que quelques jours plus tard, la zone serait à nouveau pleine ! Un poisson enlevé d’un nid est aussitôt remplacé par un autre poisson. Si les conditions météo ne sont pas favorables, le remplacement a lieu quelques jours plus tard. Les poissons fraient vite par vagues successives, la concurrence intra spécifique est rude, les œufs éclosent rapidement. Paradoxalement, les poissons fraient vite mais la période est longue. Certains poissons fraient plusieurs fois, certains commencent à frayer, sont capturés, déplacés et fraient quinze jours plus tard, ailleurs…
La fraie est une longue période, complexe, fluctuante, si difficile à comprendre dans sa globalité et à anticiper que tout le talent des meilleurs pêcheurs du monde ne permet pas d’impacter de manière visible des populations de bass si solides et si bien gérées.
La pratique intense de la pêche en période de fraie a assurément modifié le comportement des bass américains. N’importe qui ne peut pas faire une femelle de 4,5 kilos sur un nid. Cette période de l’année est attendue avec impatience par tous les pêcheurs, mais il ne faut pas croire qu’elle la plus productive et de nombreux pêcheurs se font vraiment mal, croyez-moi.

Les leçons de l'Amérique - Suite et fin

De retour en France
Il y aurait tant d’autres choses à vous raconter sur ces fantastiques pêcheurs américains, des anecdotes incroyables, des pratiques qui feraient bondir tout bon gestionnaire français, mais je dois en rester là, car j’aimerai plutôt vous parler de nous.
De retour en France, nos travers de français m’ont sauté au visage ! Nos défauts me sont apparus comme plus saillants. Et quand quelque chose d’incisif vous saute à la gueule, ça fait mal…


En France, nous prônons volontiers dans les législations d’aujourd’hui davantage de no-kill, certains pêcheurs de sandres et de bass veulent allonger la période actuelle de fermeture, la FNPF a d’ores et déjà mis en place un quota, certaines FD ont augmenté leurs TLC. Devants les agissement de certains écolos, de nombreux pêcheurs sont prêts à s'imposer l’écrasement des ardillons. Jusqu’où iront les prochaines cérémonies d'automutilation ? Passeront-elles par des danses incantatoires, des sacrifices humains ?
Vous savez quoi ? Je pense qu’en pénalisant systématiquement les pêcheurs, on fait fausse route, car ce ne sont pas eux les coupables, ils sont les victimes. Il n’est ni juste, ni efficace de vouloir limiter leur action (comme réduire la période de pêche, empêcher tout prélèvement, entraver les modes de pêche, etc.). Vous connaissez beaucoup d’associations d’automobilistes qui sont favorables à la hausse du prix des carburants ou des péages et qui demanderaient en plus un abaissement de la vitesse sur route ? Vous avez déjà vu des chasseurs militer pour la diminution des périodes de chasse ?
Cette voie auto-moralisatrice est une impasse, c’est évident. Les américains ont logiquement pris la voie inverse.

En effet, le no-kill, les périodes de fermetures, les quotas, les TLC, tout ceci ne sont que des outils de gestion limitatifs que nous nous infligeons, comme si c’étaient nous les pêcheurs, les fautifs, les coupables.
C’est faux bien entendu, car la gestion de la pêche en France ne doit pas toucher que les pêcheurs. Comme une rivière qui déborde de son lit, cette gestion doit déborder de son cadre de manière plus ambitieuse.
Nul besoin de nous flageller ou de nous couper un membre pour obtenir des résultats concrets. Ce comportement de jalousie entre voisins, à vouloir toujours tout légiférer pour l’autre pêcheur, tout contrôler, tout interdire est suicidaire pour notre loisir ! Car la pêche, c’est avant tout la liberté et la tranquillité. Pire, en certains endroits, vouloir imposer une interdiction de pêche durant la fraie et/ou imposez le no-kill intégral relève davantage d’une scarification religieuse que d’une mesure réellement efficace.

A voir l’efficacité de la méthode américaine, on se dit volontiers qu’il vaut mieux militer pour nos intérêts égoïstes de pêcheurs : l’ouverture généralisée de la pêche, toute l’année, à tous les modes de pêche jugés ludiques. A charge des AAPPMA d’accompagner cette libéralisation d’une seule mesure de préservation (no kill spécifique temporaire durant la fraie ou quota annuel par pêcheur) qui concernerait les espèces à fort impact pour le business, comme la truite, le bass et le brochet.
En France, on ferme la pêche des carnassiers car on ne sait pas gérer autrement et que certaines AAPPMA et FD ont des cactus dans les poches. Si la FNPF a instauré un quota et une élévation des TLC, c’est parce qu’elle sait que l’abondance n’est plus au rendez-vous en France, le vieil outil « fermeture temporaire » n’étant pas le bon pour maintenir un stock de poissons important. Qu’un poisson soit prélevé le dernier dimanche de janvier ou le premier de février ne change absolument rien à l’affaire : il s’agit d’une blague. On ferme la truite en octobre car on estime qu’une truite prélevée en avril, c’est mieux qu’en novembre. Pourtant le résultat sera le même, la truite ne sera plus là pour frayer.

De la même manière qu’un tourne-vis n’a jamais enfoncé un clou, il faut se poser les deux questions suivantes : la sacro-sainte fermeture est-elle un outil adapté à la réparation qu'il faut faire ? A-t-elle montrée son efficacité ? Fermetures, no kill, TLC, ne doivent être que des mesures spécifiques locales, transitoires, temporaires, destinées à accélérer une reconstitution d’un stock qui a trop baissé sous l’effet d’un prélèvement trop important par les pêcheurs, par exemple. Mais elles ne constituent un but en aucun cas. Brandir une clé à molette n’a jamais fait démarrer une voiture en panne !

Aujourd’hui, toutes ces mesurettes que l’on déplie de notre couteau Suisse législatif ne font que révéler le manque d’imagination et d'ambition de la plupart des politiques actuelles en faveur du black bass ou du brochet. Le no-kill ou l’élévation de la TLC, si facile à mettre en action pour les FD, nous sont trop souvent jetés à la figure, comme un os à ronger. Notre objectif est l’abondance en poisssons. A nous d’être vigilants et ne pas accepter de se faire servir la soupe trop facilement : ces mesures très politiques ne servent parfois qu’à éviter de mettre en œuvre des plans plus ambitieux et plus coûteux comme les empoissonnement massifs et répétés, les réhabilitations de zones humides, les pêches électriques de récupération de juvéniles, les réalisations de frayères géantes et autres… Les parcours no-kill ne sont que des petits outils ayant une utilité trop limitée pour les brandir si fermement et si souvent. Pire, une fois instaurée, le no-kill sert aujourd'hui de prétexte à l'inaction. Si les empoissonnements étaient réellement de grande ampleur, sur de grands milieux, alors le no-kil n’aurait bien souvent aucun impact mesurable, insignifiant donc. Les TLC, mis à part l’impact éducatif qu’elles génèrent chez les jeunes pêcheurs, ne servent quant à elles pas à grand-chose en réalité, tant il est rare de constater que la diminution de l’abondance soit due en majorité au prélèvement de trop jeunes poissons (les plus abondants) par les pêcheurs. Dans les deux cas, ces deux mesures ne doivent pas venir en lieu et place de vrais plans d’action !

Les leçons de l'Amérique - Suite et fin

Mes leçons de l’Amérique

Aux US, les plans d’action sont si ambitieux que ces mesurettes dont certains français sont si épris ne sont quasiment jamais employées. Les américains préfèrent pêcher toute l’année sans s’imposer de contraintes, plutôt que se flageller inutilement. C’est ça mes leçons de l’Amérique, une pêche décomplexée et exubérante.
En France, avec nos mesurettes peu efficaces, nous passons notre temps à nous tirer des balles dans le pieds, bien que le port d’armes soit interdit. Et avec cette fermeture inutile qui intervient pile au moment de la prise des nouvelles cartes de pêche, nous nous exécutons nous-même alors que la peine de mort a été abolie.
Quelle ironie, vous ne trouvez pas ?